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Comptes rendus de la conférence de B. Stora (suite)

1 Février 2013 , Rédigé par profs Publié dans #Terminale histoire

Voici , à ajouter aux Comptes rendus de la conférence de B. Stora  , deux nouveaux articles :

 

Conférence de Benjamin Stora à l'ENM:
 

Tout d'abord, Benjamin Stora est un professeur à l’université Paris XIII et à l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris où il enseigne l’histoire du Maghreb contemporain (XIXe et XXe siècles) , les guerres de décolonisations et l’histoire de l’immigration maghrébine en Europe.
Le samedi 12 janvier 2013, à l'ENM, une conférence a eu lieu par Benjamin Stora sur la question suivante: « Algérie: Comment sortir de cette guerre des mémoires ? »
De plus, il faut savoir que 2012 marqua le 50ème anniversaire du Cessez-le-feu de la guerre d'Algérie. C'est pourquoi, l'année 2012 a été mouvementée avec  l'apparition d'environ 200 ouvrages, 20 documentaires, des expositions et des émissions,... La venue de Benjamin Stora sur les différentes mémoires entre les Algériens et les Français était importante.
Tout au long de la séance, le conférencier a abordé le sujet de la guerre d’Algérie qui a longtemps forgé 2 visions antagonistes : celle de la France qui la baptisait « les événements d’Algérie » et celle des habitants qui parlaient de « guerre d’indépendance »

Il explique tout d'abord la vision française en disant que l'Algérie a été départementalisée et rattachée au ministère français (territoire). Ainsi, la question du nationalisme a été abordée très tardivement pendant la guerre d'Algérie et de différentes façons. Cette guerre a inauguré la crise politique sur le nationalisme politique français ( empire colonial ). Cela a provoqué des fractures politiques ainsi qu'un bouleversement dans le système français. Par ailleurs, le 12 mars 1956, le gouvernement de Guy Mollet annonce la guerre: « Le gouvernement disposera en Algérie des pouvoirs les plus étendus pour prendre toutes les mesures exceptionnelles commandées par les circonstances, en vue du rétablissement de l'ordre et de la protection des personnes et de la sauvegarde du territoire ». De plus, Benjamin Stora parle de l'apparition d'une autre gauche au sein de la SFIO ( Section Françaises de l'Internationale Ouvrière) qui soutient les thèses de l'indépendance algérienne. Par la suite, en 1958, Charles de Gaulle s'oriente dans des négociations politiques mais la droite s'oppose. Donc une guerre civile commence (franco-française) et une crise morale va traverser des familles, la politique et les guerres (crise comparée à l'affaire Dreyfus). C'est pourquoi, le 11 février 1961, la création de l'OAS (Organisation Armée Secrète) se présente comme la manifestation la plus radicale d'une partie de l'armée et des civils de conserver l'Algérie française en s'opposant par tous les moyens à la politique d'autodétermination mise en place par le général De Gaulle. Ensuite, on assiste à la création du PSA (Parti socialiste autonome) puis du PSU (parti socialiste unifié) qui sont favorables à l’indépendance de l’Algérie. En 1962, la politique algérienne de de Gaulle est mise en place malgré les opposés. Il y a une absence de consensus politique à cause de la formation d'amnisties  qui sont composées de lois interdisant de rendre coupable une personne qui a fait quelque chose pendant la guerre d'Algérie.
Par ailleurs, cette guerre a créé plusieurs groupes de mémoires. Un groupe d'opposant massif de députés a permis en juin 1999, la reconnaissance de la guerre d'Algérie par l'Assemblée Nationale. Mais, le premier groupe ainsi que le deuxième groupe (les pieds-noirs) ont été basculés par un troisième groupe, celui des « enfants de l'immigration algérienne ». Enfin, un autre groupe apparaît entre 1980 et 1990: « l'attachement aux parents et aux français ». C'est donc « une nouvelle mémoire complète » d'après Benjamin Stora. Ainsi, tous ces groupes font beaucoup de monde, on peut y rajouter les harkis et les pieds-rouges (personnes qui vont en Algérie pour reconstruire le socialisme). Il y a donc environ 5 à 7 millions de personnes dans tous ces groupes. Chaque groupe est enfermé dans leur propre vision de la guerre d'Algérie et cela a entraîné une séparation des mémoires dans la société française.
Ensuite, dans une deuxième partie, le conférencier a parlé de la vision des Algériens. Du coté algérien, la plupart des habitants vivaient moins dans les campagnes que dans les villes. Après quelques temps, un nationalisme algérien s'est créé avec la fondation du FLN (Front de Libération Nationale), d'une élite citadine et d'une immigration ouvrière. Le FLN se revendique en faveur de l'indépendance en s'opposant au MNA (Mouvement National Algérien) créé par Messali Hadj (guerre algéro-algérienne) . De plus, la plupart des harkis étaient analphabètes dans les villages. Des massacres ont eu lieu comme des viols collectifs des femmes rurales dans les hameaux, des massacres des harkis entre mythe et réalité (le négationnisme algérien) et un culte des martyrs de la révolution.
Enfin, des inégalités et des injustices comme la violation des accords d'Evian, des fosses communes et des essais nucléaires au Sahara ont remis en cause la question du consensus politique de la légitimité algérienne.

 

CR rédigé par Sabri Faissal  (TS2)

 

 

Compte-rendu conférence de Benjamin Stora :L'Algérie.


L'histoire a toujours un début, mais pourquoi ne pas commencer par la fin ? Le discours de l'historien Benjamin Stora, a suscité beaucoup de questions et de remarques de la part des nombreuses personnes présentes à cette conférence, samedi.

De nombreuses questions tournant autour de thèmes différents les uns des autres mais qui se rapportent toujours à la même question au final :
l'Algérie. Alors pourquoi ces mémoires sont-elles aussi vives, 50 ans après ?
58653820130112182458.jpgC'est ce qu'explique Benjamin Stora en abordant, dans un premier temps, la question française puis le versant algérien. Le conférencier nous rappelle la statut spécial de l'Algérie par rapport aux autres colonies, ce pays faisait en effet, partie totale de la France, car il endossait le statut de département français. A ce moment, la France était un empire colonial très puissant, et au cœur de cet empire se trouvait l'Algérie. Ainsi, la perspective d'une séparation était inconcevable et cela revenait d’ une amputation du territoire français ainsi qu'à une différenciation du
nationalisme algérien et du nationalisme français. Aussi, Benjamin Stora soulève une autre question, qui est celle des conséquences d'une telle séparation. La guerre d'Algérie va provoquer des
fractures dans la société française avec une fraction « pour la guerre d'Algérie » et une autre « contre ». La création de l'OAS (Organisation armée secrète) est sûrement
l'exemple qui caractérise le mieux cette division de la société française et ces différences se ressentent dans les partis politiques même, notamment la SFIO de Guy Mollet qui envoya environ 2
millions de personnes en Algérie entre 55 et 62, ce qu'on appelle le contingent. Toutes ces hostilités et ces divisions au sein de la France seront même qualifiées de nouvelle « Affaire
Dreyfus », de part le fait que chaque Français était touché par cette guerre d'Algérie et que les oppositions étaient très fortes. Ainsi, en instaurant des politiques d’amnistie entre 1962 et
1974, la France s'est mise des œillères afin d'ignorer le passé de l'Algérie. Aussi, selon Benjamin Stora, le consensus républicain n'est qu'une mythologie à ce moment-là et le fait qu’ un parti d’extrême droite émanant de l'OAS ait
obtenu 1 million de voix lorsqu’il s'est présenté en 1965 le montre bien.

Le conférencier, nous rappelle aussi, qu'il existe une mémoire très importante de cette guerre notamment car
celle-ci est portée par de nombreux groupes de personnes. Les soldats, les pieds-noirs dont le néologisme « nostalgérie » nous montre bien la nostalgie de ces Européens ayant crée leurs
vies en Algérie. Sans oublier, les enfants de l'immigration algérienne en France ainsi que les harkis. Et on peut voir que même des décennies après la guerre, celle-ci marque encore les esprits,d'une manière positive ou non ; dès les années 80-90 une mémoire complexe se met en place et les tensions remontent en Algérie, sous une forme de terrorisme notamment.

Les pieds-rouges, aussi,
sont des personnes engagées qui sont allées en Algérie après 1962 afin de reconstruire le pays. Ainsi, chaque groupe est enfermé dans sa propre vision, dans sa propre mémoire et cela reflète bien
toute la complexité du conflit franco-algérien.

Du côté algérien, la majorité de la population (près de 90%) appartient aux classes paysannes et l'indépendance était au début une conception urbaine. Le premier groupe réclamant l'indépendance,s'étant fondé sur les villes, dès 1920 est l'étoile Nord Africaine dont le fondateur est Messali Hadj. Benjamin Stora, nous explique ainsi que le concept indépendantiste est né et a été réfléchi en
ville, et que seulement après, les paysans et tout le peuple se sont soulevés pour leur indépendance. S'ajoute à cela un conflit algéro-algérien, le FLN et le MNA, deux groupes indépendantiste rivaux, se livrent en effet, à des batailles sans merci. Dès mai 1957 se pose alors un réel problème algérien ; la question de la cohésion nationale et cela se ressentira dès les années 90 où
de nouvelles questions resurgiront notamment par rapport à l'identité algérienne, la place de la religion, les communautés minoritaires (berbères, ..)...

Enfin, la conférence a suscité des questions ainsi que des remarques, telle que le pétrole. Benjamin Stora y répondit en soulignant le fait qu'il existait des clauses secrètes dans les accords d'Evian, que le pétrole était très important en Algérie, grâce au Sahara et que cela faisait donc de ce désert un lieu géostratégique très important. Aussi, les autres interrogations portaient sur la place des Juifs, des Berbères, de la religion, mais aussi des femmes, dans ce conflit et dans cette mémoire franco-algérienne de la guerre.

Cette guerre est donc, comme on l'a vu, très ancrée dans les mémoires. 2012 étant les 50 ans du conflit, de nombreuses manifestations ont eu lieu, des livres sont parus, des documentaires sont passés à la télé. De plus, une exposition en hommage aux cents ans d'Albert Camus, l'auteur français qui est un symbole entre les 2 rives méditerranéennes, devait alors lieu en 2013 à
Marseille.

Ainsi, on pourrait résumer cette conférence en disant que l'histoire peut se lire de deux façons différences : pour les Français, par la fin, à travers le reflet de la guerre. Pour les
Algériens, on devrait remonter à l'origine même : la colonisation.

 

CR rédigé par Loutfi Sanaa (TS1)

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