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CR de conférence sur les paradis fiscaux

10 Novembre 2015 , Rédigé par profs Publié dans #Culture - Art - Musique

Les deux sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon se sont rencontrés durant leur jeunesse à la faculté de Lille avant d'entamer des recherches concernant la sociologie urbaine. Dans ce but ils ont orienté leurs travaux sur les particularités des logements HLM, sur les cités, la classe populaire, avant d'avoir "une prise de conscience" sur le fait que ce thème a déjà été fortement étudié par les sociologues et sur l'absence de travaux sociologiques concernant les beaux quartiers et les riches. Un seul aspect de la société était donc traité par les sociologues, la classe dominante n'a donc jamais été l'objet d'étude sociologique. Ainsi, leur enquête les a menés à beaucoup travailler à Neuilly, de même qu'à Paris dans le XVIème et le VIIIème arrondissement, au contact des élites. Les deux sociologues racontent le déroulement de leur enquête à travers le livre : Tentative d'évasion fiscale, deux sociologues en bande organisée, dont ils sont venus parler durant cette conférence afin de traiter de cette classe dominante méconnue du grand public.

Des organismes nationaux chargés de surveiller le travail des sociologues, tel que l'INSEE, possèdent ils les informations des sociologues avant eux ? Eh bien oui, nous répondent Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, l'INSEE étudie beaucoup de choses concernant la classe populaire mais pas concernant les riches. Cependant, le président François Hollande avait prévu dans son programme politique durant les élections présidentielles de travailler sur les 1% de personnes les plus riches de France. Cela n'a pas été fait. Cela retranscrit une opacité importante concernant ce milieu très fermé.

D'après des études des deux sociologues, 90% des riches sont situés dans les beaux quartiers, "regroupés entre eux" dans une même société qui leur est propre. De plus, les privilèges qu'ils possèdent se transmettent de génération en génération par le biais de l'héritage.

Les riches sont présents dans de nombreux milieux, comme nous le dit Michel Pinçon. Ils sont présents par exemple dans le domaine bancaire, des grandes surfaces,... Ainsi Michel Pinçon a observé une monopolisation du pouvoir mettant en évidence les inégalités des classes.

"Comment se fait-il que les patrons aient des rémunérations énormes ?". Le sociologue nous explique que les comités de rémunération sont composés des élites et donc votent dans leurs intérêts des rémunérations très importantes aux patrons, non justifiées par leur travail.

C'est pour corriger ces non-dits que les deux sociologues se sont immiscés dans leurs vies, grâce à des services rendus et à des cadeaux. Ils ont ainsi pu se faire inviter à des réceptions et fêtes normalement réservées à ces élites. Comme nous l'avons dit précédemment, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot ont du agir sous couverture pour cette enquête puisque les riches sont très réticents à l'idée qu'une enquête sociologique les concernant soit publiée à travers un livre.

"Si les riches payaient leurs impôts à la hauteur de leur fortune il n'y aurait plus de dette ni de déficit en France". En effet, les riches sont au cœur d'une "guerre d'impôts" : les 1% les plus riches de la population sont responsables de 60 à 80 milliards d'euros manquant aux caisses des impôts rien qu'en France, ils sont responsables de 1000 milliards d'euros manquant à l'échelle européenne et responsables de plus de 35 000 milliards de dollars à l'échelle mondiale. Ces dernières années, des décisions ont été prises pour lutter contre l'évasion fiscale, comme par exemple les comptes en Suisse ou autre. Une lutte contre les paradis fiscaux serait en marche, ce qui signifierait des contrôles efficaces par les États concernant l'évasion fiscale. D'après les deux sociologues, il y a lieu d'être sceptique car les transmissions d'informations de banque à banque et surtout entre les pays sont des transmissions automatisées et couvertes par le secret fiscal. Donc seule l'administration est au courant et s’il y a une fuite d'informations il y a automatiquement condamnation judiciaire. Ce qui veut dire que les informations fiscales resteront dans le domaine des professionnels. D'après les deux sociologues, la fraude fiscale est rendue possible et omniprésente par les contrôles inefficaces des Etats, par le fonctionnement intense de sociétés fictives, des TRUST, c'est à dire de sociétés dont le propriétaire officiel n'est pas réellement le propriétaire de la société. Les sociétés écrans sont ainsi créées dans des paradis fiscaux, comme par exemple aux Etats Unis dans l'Etat du Delaware où il ya plus de sociétés que d'habitants. La fraude fiscale est aussi rendue possible par le trafic d'œuvres d'art et le mécénat. D'un côté, l’Etat français annonce une volonté de lutter contre ce genre de fraude, mais d'un autre coté il licencie en grande quantité les fonctionnaires inspecteurs qui sont chargés de lutter contre la fraude fiscale conduisant ainsi ces derniers à avoir des conditions de travail "épouvantables". Monique Pinçon-Charlot a alors expliqué que ces soi-disant décisions pour lutter contre les fraudes fiscales sont illusoires et ont pour but de calmer les individus qui pourraient s'insurger contre ces conditions.

Pour décrire le système français, Monique Pinçon-Charlot utilise le terme de "dictature subtile mais non démocratique" puisqu' en France l'assemblée nationale est quasi intégralement constituée par des élites et ainsi représente une oligarchie. Ce problème concerne la politique entière puisque ces élites ne se cantonnent pas à l'Assemblée nationale mais sont présents partout en politique. D'après cette sociologue, le système capitaliste et oligarchique de la France n'impose pas de limite à l'accumulation de richesses et provoque une "condamnation à la continuité de l'oligarchie et du contrôle de la société par une caste dominante".

Monique Pinçon-Charlot met ensuite en évidence une dimension de notre société : "Il y a deux justices, une pour les puissants, les riches, les diplômés pour lesquels l’État court-circuite la Justice, et une seconde pour les modestes, les petits fraudeurs". Les riches ne risquent ainsi que d'être condamner à payer leurs impôts non-payés et à une "légère peine financière" alors que les petits fraudeurs, n'ayant par exemple pas payé la TVA, risque la prison et de fortes amendes. Monique Pinçon-Charlot explique ainsi que la Justice s'applique différemment en fonction du milieu social d'où l'on vient.

Ensuite, Michel Pinçon s'est exprimé sur les médias en expliquant que les sociétés responsables des informations transmises au public appartiennent aux riches et filtrent les informations avant de les publier. Il a ensuite évoqué le fait que leurs publications, avec Monique Pinçon-Charlot, sont des alertes qui ont pour but d'informer et de provoquer une prise de conscience du public.

Suite à cela et pour conclure, le public a été invité à poser des questions, ce qui a permis une confrontation des opinions. Les deux sociologues se sont efforcés de répondre le plus justement à leurs questions.

L'intégral des informations de cette conférence sont présentes dans leur livre : Tentative d'évasion fiscale, deux sociologues en bande organisée.

Aurélien Soulard Ts1

La présentation des deux conférenciers à la salle J. Brel de Mantes-la-Ville

La présentation des deux conférenciers à la salle J. Brel de Mantes-la-Ville

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