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Commémoration du 11 novembre

6 Janvier 2015 , Rédigé par profs Publié dans #Centenaire 1914-18

Voici le discours de M. Lebouc, Maire de Magnanville , lors des cérémonies du 11 novembre :

COMMÉMORATION DU 11 NOVEMBRE

Mardi 11 novembre 2014

Monsieur le Conseiller Général, Maire-Honoraire,

Monsieur le Président de la CAMY,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Ce temps de mémoire arrive à un moment où la France s’interroge sur elle-même, sur sa place, sur son avenir, avec l’appréhension qui s’empare de toute grande nation confrontée à un changement du monde. C’est pourquoi je veux donner un sens à l’acte même de commémorer.

Commémorer, c’est saisir la force des générations qui nous ont précédés afin de faire des leçons de vie pour les suivantes.

Commémorer, c’est savoir d’où l’on vient pour mieux appréhender ce qui nous relie et nous fédère dans une nation, la nôtre.

Commémorer, c’est renouveler le patriotisme, celui qui unit, celui qui rassemble, qui n’écarte personne au-delà des parcours, des croyances, des origines, et des couleurs de peau.

Commémorer, ce n’est pas seulement invoquer le passé, c’est porter un message de confiance dans notre pays. Commémorer, c’est parler la langue des anonymes. C’est parler du courage du Poilu qui a rencontré l’effroi au fond de la tranchée.

Voilà ce que signifie «commémorer» aujourd’hui !

Dans notre histoire française, la Grande Guerre occupe une place particulière. Elle est l’épreuve la plus dure qu’ait connue la population française dans son ensemble. Elle a profondément marqué, transformé la société française. Et notre sol a été, non pas le seul, mais le principal théâtre du conflit. C’est pourquoi la Grande Guerre suscite encore et toujours, cent ans après, et alors que tous les survivants ont disparu, une attention et même une passion que le temps non seulement n’altère pas, mais ranime.

Cette curiosité ne s’est jamais éteinte. Comment la comprendre ? Elle tient d’abord à l’ampleur, à la durée de la tragédie, à son intensité, à son caractère planétaire : 72 pays concernés. Elle tient aussi au déluge du feu qui s’est abattu sur des combattants qui n’y étaient pas préparés, qui pensaient partir pour une guerre fraiche et joyeuse. Elle tient à l’usage des armes qui furent utilisées – armes chimiques – pour la première fois. A ce point horrible que ces armes furent prohibées par la Communauté internationale. Par aussi l’arrivée de nouvelles formes de guerre : l’aviation mais aussi le char… bref, une industrie.

Le souvenir de la Grande Guerre ne s’est jamais effacé. Il est d’ailleurs confondu dans les paysages, retracé dans des photos qui sont exposées : paysage du Nord, paysage de l’Est. Le souvenir de la Grande Guerre est présent dans chaque village, dans chaque ville, parce qu’il n’y a pas de commune en France où un monument aux morts n’ait été érigé, parce qu’il n’y a pas de commune en France où il n’y ait pas eu de victimes de la Première Guerre mondiale. La trace de cette guerre est inscrite également dans chaque famille, comme un patrimoine que l’on ouvre ou que l’on découvre ; comme une trace qui est entretenue, de génération en génération, avec des témoignages qui sont restés de la part de ceux qui ont vécu l’horreur.

Aujourd’hui, ce sont les photos, les objets, les archives qui permettent de reconstituer – chacun à son échelle – le récit de la désolation. Avec cette lancinante question posée, génération après génération : comment des soldats ont-ils pu, pendant des mois et des mois, pousser aussi loin les limites humaines et supporter cet enfer ?

Cette question, nous nous la posons d’autant plus volontiers que pour beaucoup d’entre vous, pour beaucoup d’entre nous, nous avons connu des survivants. Des grands-pères qui nous ont raconté leurs blessures, touchés par le gaz ou frappés par des balles et par les objets laissés, les livres écrits : le froid, la faim, le dénuement, la fureur, la peur. Maurice GENEVOIX a écrit les plus belles lignes là-dessus : « ce que nous avons fait, c’est plus que ce que l’on pouvait demander à des hommes et nous l’avons fait ». C’est pourquoi la France ne peut oublier, un siècle plus tard, ceux des siens qui sont descendus au fond de cet abîme où beaucoup n’en sont pas revenus. Plus de 8 millions de Français – un cinquième de la population ! - furent appelés sous les drapeaux. 1 million quatre cent mille sont morts. Des centaines de milliers ont été blessés. Il ne s’agit plus aujourd’hui de juger et encore moins de rejuger, il s’agit de se souvenir, de comprendre.

Il n’est pas de reconnaissance plus forte que celle de la connaissance. La mémoire ne divise pas, elle rassemble. Elle rassemble toute la nation, au-delà même de son armée. Car les combattants de la Grande Guerre n’étaient pas tous des soldats. « L’arrière », dont on a dit beaucoup de chose après ou pendant, n’était pas un abri. C’est le pays dans son entier qui souffrait, luttait, tenait, malgré les privations et les destructions. C’est le peuple sans armes qui, en assurant le fonctionnement de l’économie, a permis la victoire. Et dans ce peuple, les femmes, par leur labeur, leur engagement, leur vaillance apportèrent une contribution essentielle à la conduite de la guerre. Sans elles, notre pays se serait peut-être effondré ; en tous cas, les écoles auraient été abandonnées ; les champs n’auraient pas été moissonnés ; les usines auraient fermé.

La Grande guerre nous rappelle la nécessité de mobiliser les énergies, au-delà des intérêts particuliers, des sensibilités, au-delà même des différences. Elle nous rappelle la solidarité qui permet de donner un sens à ce qui nous réunit. Elle nous rappelle l’intransigeance que nous devons avoir face aux haines, face au racisme, face à toutes les atteintes aux principes, aux valeurs qui nous constituent.

Elle nous rappelle aussi combien nous devons être exigeants pour préserver et protéger la dignité humaine.

Dans cette période de commémorations, nous ne poursuivrons qu’un seul objectif : nous souvenir ensemble pour être plus forts ensemble !

Michel Lebouc,

Maire de Magnanville,

Vice-Président de la CAMY

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