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Conférence de B. Stora sur "Camus et l'Algérie"

30 Décembre 2014 , Rédigé par profs Publié dans #Guerre d’Algérie - carrefour des Mémoires

Compte rendu de conférence

C'est avec plaisir que nous avons pu assister à une conférence animée par l'historien très connu Benjamin Stora. Professeur à l'Université Paris VIII et spécialiste de l'histoire du Maghreb et de la décolonisation, M. Stora nous a offert, le Samedi 6 décembre, à la Nacelle, une étude sur le personnage intrigant qu'est Camus en réitérant l'histoire de l'Algérie.
« En 2013, pour le centenaire de la naissance d'Albert Camus, Benjamin Stora devait organiser une exposition à Aix-en-Provence, mais il en fut évincé en raison d'une polémique soulevée par différents « groupes de pression ».
Cette affaire est symptomatique et révèle combien les questions soulevées par l'auteur de « La Peste » et « L’Étranger » restent extrêmement sensibles, comme une ombre portée par la guerre d'Algérie dans la société française d'aujourd'hui.

Nombreux sont ceux qui voudraient annexer Camus, le lire de façon univoque, l'enrôler dans leur combat politique. Peine perdue, la complexité de cet homme entre deux rives ne saurait être réduite à une cause ou à une identité. En France, comme en Algérie, la position de l'écrivain pendant la « guerre d'indépendance » fait toujours polémique. »
Très utile pour l'étude des "mémoires de la Guerre d'Algérie", la personne emblématique d'Albert Camus suscite encore l’intérêt de bon nombre d'historiens qui tentent de d’étudier certaines mémoires enfouies. Devenu un auteur par excellence et né en Algérie en 1913, Albert Camus a suscité beaucoup d’intérêt en 2012 lors du 50ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie.
Benjamin Stora tente à travers sa thèse de savoir pourquoi le personnage de Camus reste controversé en Algérie comme en France. De cela, découle une interrogation qui porte davantage sur la postérité de Camus et ses engagements politiques. Le titre de cette conférence « Albert Camus et l'Algérie » fait l'objet d'une réflexion sur la façon dont on peut lire les engagements de Camus autour cette l'histoire qu'est l’Algérie. Mort deux ans avant l'indépendance de l'Algérie, Camus n'a pas connu la fin de « l'histoire » proprement dite... A partir de là, on s'est toujours interrogé pour savoir qu'elle aurait pu être l'attitude de Camus s'il avait pu échapper a son accident. De quelle côté aurait été Camus ? Aurait été t-il un homme très engagé du côté de l'Algérie ou au contraire aurait-il quitté la France ? C'est là la grande question qui reste alors ambiguë et sans réponse précise. La mort subite de Camus laisse ouverte toute interprétation possible sur la position qu'il aurait eu face à la fin de la guerre. Encore de nos jours, les querelles de Camus portent essentiellement là-dessus et Benjamin Stora a tenté de répondre à ces questions en retraçant la vie de Camus dans ses engagements politiques et dans son rapport à l'Algérie.
Dans un premier temps, B.Stora évoque la situation familiale de Camus. En effet, il a été décrit comme étant un homme très pauvre né dans l'Est de l'Algérie qui a du tout devoir, en particulier a son instituteur. Cette condition est essentielle à la compréhension du parcours politique et engagé de Camus qui à toujours mis la question sociale au premier plan. Il apporte durant toute sa vie plus d'importance à ce rapport social, au détriment de la question nationale. Et c'est de manière assez logique qu'il s'engage au côté du parti communiste algérien dans les années 1935/1936/1937. Se battant pour le redressement social, il met sa priorité pour aider les classes sociales inférieures. A cette époque-ci, Camus estime que le parti communiste algérien ne se bat pas suffisamment et est exclu du parti communiste algérien.

L'Algérie connait en 1945 des « événements » (massacres) et Camus est le seul à condamner cette répression quand d'autres ont fait vœu d'abstinence à la parole. On pourrait dire qu’il était un homme moral dans un monde immoral. De plus, ses regards se tournent vers les individus et pas vers les peuples. Il s’adresse à des hommes qui souffrent, de par leur condition humaine, et peu importe qu’ils soient Français ou Algériens. Restant fidèle à sa préoccupation, Camus est un des premiers à vouloir manifester et faire entendre sa voix en dénonçant ces injustices sociales en écrivant la suite du livre « Misère de la Kabylie ». Camus s’en tient à la situation qu’il connaît, sans jamais la mettre dans une perspective historique. Il décrit les relations franco-algériennes de son époque, il dénonce éventuellement les abus qui existent, il les regrette, mais, par exemple, il ne remet pas en cause l’occupation même de l’Algérie, qui lui semble aller de soi et ce qui lui fait valoir controverse et critiques , point que soulève Benjamin Stora en parlant de la désolidarisation des amis de Camus et de sa période de « grande déprime ».
Camus reste par excellence un personnage très représentatif de ce qu'est l'histoire de l'Algérie. Une histoire caractérisée comme étant un règlement possible de la question nationale et de l'instauration de la justice et l'égalité sociale. Et c'est grâce au parcours de sa vie que nous pouvons comprendre la complexité de l'histoire entre l'Algérie et la France, et ainsi compléter les mémoires.

Livres conseillés à lire :

- Le premier Homme d'Albert Camus

- Camus brulant de Benjamin Stora

CR réalisé par Boukajouj Sakina ,TS1

Conférence du 06 décembre 2014

Nous avons assisté ce samedi 06 décembre 2014, à une conférence dirigée par Benjamin Stora à la nacelle.

C'est un historien très reconnu, il est également professeur à l'Université Paris VIII et spécialiste de l'histoire du Maghreb et de la décolonisation. Il nous fournira aujourd'hui une étude d'un personnage intriguant, Albert Camus.

"La conférence d'aujourd'hui devait se dérouler l'année précédente en 2013, car c'était le centième anniversaire de la naissance de Camus en 1913, on avait donc invité Monsieur Stora à réaliser une conférence en 2013, toute une série d'évènements ont fait qu’il n'a pas pu la faire plus tôt." dit-il.

En 2008, Camus était devenu une sorte d'auteur consensuel, un auteur qui ne soulevait pas de polémiques. Certains auraient pu dire même de manière injuste, un « auteur de classe terminale consensuel » avec des millions d'exemplaires vendus comme l’Étranger. Pourtant, 2013 vit une effervescence, de nombreuses polémiques et querelles. D'où le fait que Monsieur Stora écrit Camus Brûlant, tiré des leçons sur pourquoi dans le fond le personnage de Camus restait un objet de controverse, difficile à cerner pas simplement en France mais aussi de l'autre côté de la Méditerranée; malgré son immense talent que tout le monde lui reconnait dans l'écriture.

Benjamin Stora tente de savoir en quoi Camus constitue toujours ce personnage disputé en France mais aussi en Algérie?

Son propos portera aujourd'hui sur une interrogation qui porte davantage sur la postérité de Camus et ses engagements et comment peut-on les lire autour d'un épisode, d'un territoire essentiel à la vie de Camus , qui est l'Algérie.

Le titre de la conférence est « Albert Camus et l'Algérie » car c'est bien autour de la question algérienne que les questions polémiques subsistent, autour de Camus notamment avec son rapport compliqué avec l'Algérie.

Camus est mort en janvier 1960, donc deux ans avant l'indépendance de l'Algérie. Camus n'a pas vu la fin de cette histoire, il n’a naturellement pas vu les accords d'Evian, les départs en masse des Européens d'Algérie ...

A partir de là, on s'est toujours demandé quelle aurait pu être l'attitude de Camus s’il avait échappé à cet accident ? Quelle aurait pu être son attitude face à ce passage de l'indépendance de l'Algérie ? Aurait-il été du côté des indépendantistes algériens ? Est-ce qu'au contraire il aurait basculé vers le camp de l'Algérie française? C’est là une vaste question qui reste toujours une énigme qui n'a jamais été résolue.

Dans une lettre, il présentait la fin de l'Algérie française et prévoyait de partir au Canada.

Encore aujourd’hui, les querelles de Camus portent essentiellement là-dessus et Benjamin Stora a tenté de répondre à ces questions en retraçant la vie de Camus dans ses engagements politiques et dans son rapport à l'Algérie.

Benjamin Stora évoque la situation familiale de Camus. Il est issu d'une famille extrêmement pauvre né dans l'Est de l'Algérie. Il doit tout à l'école républicaine et bien entendu à son instituteur M. Germain. Dans le parcours même de Camus, sur le plan politique ou intellectuel, la question sociale sera décisive. Ce sera le critère le plus important pour lui et non pas la question nationale. Et c'est de manière assez logique qu'il s'engage au côté du parti communiste algérien dans les années 1935/1936/1937, se bat pour l'amélioration des conditions de vie des Européens d'Algérie appelés " les petits blancs" et la population algérienne musulmane appelée " les indigènes". Il faut donc se battre pour le redressement social, il privilégie l'aide des classes sociales inférieures. Dans ces années là, le parti communiste algérien n'est pas favorable à l'indépendance de l'Algérie mais pour l'égalité ou encore la justice sociale.

A l'époque Maurice Thorez ,qui est le secrétaire général du parti, explique qu'il faut construire une Algérie fraternelle existante dans le creuset, c'est à dire que l'Algérie est une nation en formation, et qui n'existe pas en tant que nation. Cette position est aussi partagée par Camus. Pour lui il n'existe pas de primauté de la question nationale en France comme beaucoup de militants à cette période.( 1935/1936/1937)

Restant fidèle à sa préoccupation, Camus est un des premiers à vouloir manifester et faire entendre sa voix en dénonçant ces injustices sociales en écrivant une série de reportage retentissant avec un titre provocateur, Misère de la Kabylie, où il raconte l'extraordinaire misère de la population Kabyle à cette époque comme il l'explique très bien: " Pour subsister il était obligé de disputer au chien sa pitance dans les poubelles". Il refera un autre reportage toujours en Kabylie mais en 1945 où il publiera la suite de Misère de la Kabylie pour constater que les choses n'ont pas évolué.

Cette question sociale est pour lui très importante et il estime que le parti communiste algérien ne se bat pas suffisamment et il est exclu du parti communiste algérien.

Il va ensuite aller à Paris, connaître un énorme retentissement, être dans la résistance, être dans la création du journal « Combat » où il va jouer un très grand rôle contrairement à d'autre intellectuels de l'époque. A cette époque là, l'Algérie n'est plus le centre des ses préoccupations. L'essentiel c'est la lutte contre le nazisme, contre le totalitarisme, pour la démocratie. Et là on voit apparaître un deuxième grand thème chez Camus, celui de la Démocratie politique.

L'Algérie connait en 1945 des « événements » plus précisément des massacres à Sétif et Camus est le seul à condamner cette répression, il s'oppose alors au parti communiste français. Il reste fidèle à ses préoccupations qui sont le redressement social. Camus est un des premiers à vouloir manifester et faire entendre sa voix en dénonçant ces injustices sociales en écrivant la suite du livre Misère de la Kabylie.

L'Algérie est revenue brutalement mais toujours dans le fond sur le même axe. En 1945, les gens sont réprimés, lorsqu’ils manifestent au nom d'un combat politique: l'indépendance de l'Algérie.

Nous sommes dans une situation de basculement, c'est à dire que de 1937/1939 et 1944/1945 quelque chose de nouveau est apparu: c'est l'accroissement du sentiment national. Ici Camus ne saisit pas le changement, c'est à dire le fait qu'on soit rentré dans une période très importante qui est celle de la décolonisation avec la conférence de San Francisco en particulier, le début de la guerre d'Indochine, ce qui se passe à Madagascar, les agitations au Maroc, en Tunisie… Une nouvelle période commence.

Cette question de la décolonisation va progressivement envahir l’ensemble du champ culturel et politique français dans les années 1945/1955. Or, à ce moment là, Camus s'oriente vers la lutte pour la démocratie politique en Espagne car il a un fort tropisme espagnol de sa mère ; ainsi que la lutte pour la démocratie politique ,ce qui va lui valoir beaucoup d'ennuis dans les pays de l'Est, c'est à dire contre le totalitarisme stalinien.

Dans le fond, Camus a toujours été un écrivain de plus en plus reconnu mais qui a toujours été un militant très engagé. Les positions qu'il adopte, l'isolent de la gauche politique alors il va se rapprocher d'un autre courant politique :le courant anarchiste.

Le plus bel hommage lors de sa mort est ainsi rendu par ses camarades anarchistes. Il était journaliste et très proche de ces ouvriers du livre dont la plupart étaient des militants anarcho-syndicalistes.

Nous pourrions dire que Camus était un homme moral. En effet, ses regards se tournent vers les individus et non vers les peuples. Il s’adresse à des hommes, qui souffrent de leur condition humaine et peu importe qu’ils soient Français ou Algériens. Camus décrit les relations franco-algériennes de son époque, il dénonce éventuellement les abus qui existent, il peut les regretter, mais il ne remet pas en cause l’occupation même de l’Algérie. Ce qui lui semble naturel, qui lui fait valoir cette controverse et ses critiques dont ce point que soulève Benjamin Stora en parlant de la désolidarisation des amis de Camus, qui entraina sa période de « grande déprime ».

Camus reste bien entendu un personnage représentatif de l'histoire algérienne. Cette histoire, cette bataille autour de Camus ,est vive et compliquée, elle continue en Algérie parce que dans le fond Camus n'a pas encore fait son retour dans l'espace public , politique et culturel en Algérie.

CR réalisé par Nawel Dellas ,TS2

Compte rendu de la conférence sur Camus et la guerre d'Algérie

Le samedi 6 Décembre 2014 nous avons eu l'occasion d'assister à une conférence donnée par le célèbre historien, Benjamin Stora à la Nacelle.

Benjamin Stora est un historien, spécialiste de la guerre d'Algérie, né en Algérie à Constantine en 1950. Il vécu en Algérie durant la guerre pendant douze ans puis sa famille s'exila en 1962.

Souvent connu pour son franc parlé et pour sa parfaite connaissance des thèmes qu'il aborde, Benjamin Stora nous a lors de la conférence transmis une autre vision de la guerre d’Algérie.

Le thème bien précis de cette conférence était "Albert Camus et la Guerre d'Algérie " Benjamin Stora nous a tout d'abord fait une courte biographie d'Albert Camus et a tout de suite justifié l'annulation de plusieurs conférences sur le célèbre écrivain.

En effet ,Albert Camus est connu pour son talent littéraire mais en 2012 (lors du centenaire de l'indépendance de l'Algérie) c'est plutôt pour ses prises de positions (ou au contraire pour sa "neutralité") durant la guerre d'Algérie qu'Albert Camus a fait l'objet de nombreuses "polémiques" ce qui a contraint de nombreux historiens dont Benjamin Stora à annuler de nombreuses conférences à son sujet.

Mais aujourd'hui Benjamin Stora nous confie sa satisfaction de pouvoir exprimer son analyse sur la prise de position et surtout sur le point de vue d'Albert Camus durant cette période trouble de l'Histoire française et algérienne.

Pour commencer son analyse, Benjamin Stora a posé sa problématique :"En quoi Albert Camus reste-il un personnage controversé en France et en Algérie ?".

Dans un premier temps Benjamin Stora a analysé le rapport d'Albert Camus à l’Algérie.

Albert Camus est mort en 1960 il n'a donc pas vécu la fin de cette guerre et n'a donc forcément pas eu connaissance des d'accords d’Evian, et du départ en masse des pieds-noirs.

Alors de nombreuses questions subsistent : Aurait-il pris position pour l'Algérie indépendante comme Jean Paul Sartre ?

Aurait-il pris position pour l’OAS, le livre Le Basculement De Camus en fait la thèse.

Ou aurait-il simplement quitté la France comme il l'avait dit dans un courrier ?

Toutes ces questions créent de nombreuses hypothèses sur Camus, ce qui laisse présager que cette énigme ne sera sans doute jamais résolue.

L'absence de réponses permet toutes les interprétations possibles, la mort de Camus avant la fin de la guerre laisse ouverte toutes les attitudes sur l'indépendance algérienne.

Pour Camus la question primordiale était la question sociale (le redressement social), elle était pour lui bien plus importante que la question nationale, pour lui le meilleur moyen pour éradiquer les inégalités sociales est l'éducation .En effet, pour lui les classes les plus pauvres de la société doivent grâce au savoir avoir leur émancipation sociale . Il s'est engagé dans le parti communiste Algérien en 1935 et se battait pour l'amélioration de la condition de vie pour les "petits blancs" et pour les "indigènes". Pour lui, l'instruction est le meilleur moyen d'éradiquer les inégalités sociales. Le parti communiste algérien n'est pas favorable à l'Algérie indépendante mais se bat pour l'égalité, Camus partage l'opinion du Parti Communiste algérien sur la justice sociale. Pour dénoncer les inégalités sociales, Camus écrit La Misère De La Kabylie , en 1935/1936 mais rien n'y fait ,la situation reste grave et la précarité est omniprésente , pour montrer que les choses n'évoluent pas il écrit la suite de La Misère De La Kabylie .

Pour le Parti Communiste algérien Camus n'est pas assez engagé et montre quelques fois des divergences d'opinions avec le Parti Communiste algérien et il est donc exclu du parti pour "Trotskisme".

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Camus se bat contre l'occupation nazie et entre dans la résistance, il crée alors le journal "Combat". L'Algérie n'est alors plus en ce moment son centre de préoccupation.

C'est en Mai 1945 lors « d’événements», (le massacre de Sétif et Guelba) que Camus condamne dans sont journal fermement la répression de Sétif, il est d'ailleurs le seul à se soulever contre ces atrocités, cela est très important car plus tard on lui reprochera son silence. Camus s'opposera au Parti Communiste français qui ne condamnera jamais ces actes, c'est une forme d'opposition qu'il a envers le Parti Communiste français.

En 1939 les Algériens (indigènes) manifestent pour l'indépendance de l'Algérie il y a alors un accroissement du sentiment national. En 1945 les manifestants sont dans la rue et exigent la libération de Messali Hadj grand leadeur politique qui prône l'indépendance de l’Algérie, il y a une densification du sentiment national qui est exprimée par la formation de partis politiques et de grandes personnalités comme Ferhat Abbas ou Messali Hadj. Ces hommes deviennent les principaux acteurs politiques qui influent sur la population musulmane algérienne.

Or Camus ne saisit pas le changement, on est entré dans une période très importante qui est celle de la décolonisation avec la conférence de San Francisco en particulier, le début de la guerre d’Indochine, ce qui se passe à Madagascar, les agitations au Maroc et en Tunisie. Cette question de décolonisation va envahir l'ensemble du champ culturel et politique français dans les années 1945 /1955. Or à ce moment là Camus s'oriente vers quelque chose qui à ses yeux est très important : la lutte pour la démocratie politique en Espagne (contre le Franquisme) et puis la lutte pour la démocratie politique dans les pays de l'Est (contre le totalitarisme stalinien) et cela va lui valoir beaucoup d'ennuis dans les pays de l'Est surtout. Camus a toujours été un militant très engagé et dans cette période là 1945/1946 il va rencontrer une toute petite organisation politique car il a besoin de se "protéger" par rapport à la gauche politique française qui est très forte a l'époque (le Parti Communiste français est le premiers parti de France à cette époque ) or les position que Camus adopte par rapport aux pays de l'Est l'isole de la gauche politique ,alors il va se rapprocher d'un courant politique qui est le courant anarchiste , il écrit même sous pseudonyme dans Le Monde Libertaire et participe à de très nombreuses réunions avec eux .C'est d'ailleurs les militants anarchistes qui lui rendront le plus bel hommage à sa mort .Ce point d'Histoire va nous éclairer sur son attitude durant la guerre d'Algérie car lorsque la guerre d'Algérie commence dans les années 1954/1955 Camus reste centré sur la préoccupation sociale et il refuse la question nationale car pour lui la question nationale empêche ce qu'on pourrait appeler une dimension internationale du mouvement politique et idéologique politique. Il est très influencé aussi par les anarchistes et aussi par les Trotskistes de l'époque mais fondamentalement il n'est pas un nationaliste , or les mouvements algériens qui se dressent dans les années 1954,1955,1956 sont des mouvements politiques qui placent au premier plan de leur revendication la question Nationale et non pas la question sociale .Or, que se soit la priorité sociale ou que se soit son éloignement par rapport à la question nationale, Camus ne peut pas comprendre ni être dans cette thématique d'actions des mouvements nationalistes algériens . Camus était totalement immergé dans l'Histoire algérienne et il se rapproche progressivement de Messali Hadj (qui est opposé au FLN).

Camus n'accepte pas le FLN car c'est le contraire de son idéal, le pluralisme politique. Dans l’année 56, il se heurte aux problèmes de violence et fait la proposition d'une" trêve politique" conseillée par Yves De Chesait .Camus veut que les combats cessent pour épargner la vie des civils , le FLN acceptera mais ne respectera jamais cette trêve .A l’ été 56, il note que la trêve est impossible ,les détracteurs de cette trêve parlent de "capitulation" . Quand Camus quittera l'Algérie il sera crié "Camus au poteau», Camus prendra alors ses distances avec la guerre d’Algérie.

En 1957, Camus obtient le prix Nobel mais il est dépressif (à cause de la question algérienne). Camus se trouve dans un isolement et dit une phrase qui fit polémique "je préfère ma mère à la justice "il renonce alors à la question algérienne.

Dans le fond, Camus est très représenté dans l'Histoire algérienne .Camus savait pertinemment que la fin de cette Histoire était mauvaise et pour Camus il était impensable que les Algériens européens partent du territoire, il y a chez Camus comme chez tous les pieds noirs aujourd'hui un attachement à la terre algérienne. C'est après sa mort que les gens se disputeront son opinion.

En Algérie, Camus est coupable de ne pas s'être prononcé sur l'indépendance algérienne, et du coté des Français Camus apparait dans les années 70 comme un homme dont les engagements sont « fades», il est donc relégué comme un simple écrivain et non comme un homme engagé.

Une dernière question subsiste : pourquoi Camus est-il revenu dans les mémoires ?

C'est après l'effondrement du mur de Berlin que l'on a remarqué que Camus était très apprécié à l'Est par rapport à son engagement contre Staline.

En Algérie, Camus est revenu lorsque qu'il y a eu l'arrivée des islamistes des lors un aspect de violence refait surface et les jeunes intellectuels retrouvent la thèse de Camus.

La pensée de Camus est revenue en force (et aussi chez les nostalgiques).

Enfin, c’est dans les années 2000 qu'un parti d'extrême droite s'est servi de Camus (un mur du Front National avec une citation de Camus).

Cette conférence nous a ouvert les yeux sur un profond mal-être et sur un homme que l'on connaissait comme un simple écrivain et nous le voyons maintenant comme un homme engagé mais surtout humain.

(PS: on a même réussi à faire un selfie avec Benjamin Stora ;) )

CR réalisé par Kamila Debbouza ,TS2

La conférence dans la salle de La Nacelle à Aubergenville
La conférence dans la salle de La Nacelle à Aubergenville

La conférence dans la salle de La Nacelle à Aubergenville

Conférence de B. Stora sur "Camus et l'Algérie"
Conférence de B. Stora sur "Camus et l'Algérie"

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